« On a quitté Varsovie pour pouvoir élever notre fille en couple » : ce couple polonais raconte sa nouvelle vie depuis qu’il s’est installé à Bruxelles
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Pendant longtemps, Aleksandra et Marta ont pensé qu’elles pourraient construire leur vie à Varsovie. Elles y avaient leur appartement, leurs amis, leurs habitudes et leurs emplois. Mais lorsque leur fille est née, leur quotidien a changé de nature. Ce qui relevait jusque-là d’un inconfort social est devenu, selon elles, une inquiétude permanente.
« Tant que nous étions deux adultes, nous pouvions encaisser certaines remarques ou certaines limites administratives. Mais avec un enfant, tout devient concret », raconte Aleksandra. « On a quitté Varsovie pour pouvoir élever notre fille en couple, pas comme une mère officielle et une autre invisible. »
Depuis huit mois, le couple vit à Bruxelles, dans une commune proche du centre. Leur fille, âgée de trois ans, est inscrite dans une crèche de quartier. Pour les deux femmes, l’installation en Belgique n’a pas seulement été un déménagement professionnel. C’est aussi un changement de statut familial, social et psychologique.
Une décision prise après la naissance de leur fille
À Varsovie, Marta était la mère biologique de l’enfant. Aleksandra, elle, occupait pleinement son rôle de parent dans la vie quotidienne, mais dit avoir souvent ressenti une forme d’effacement administratif.
Les rendez-vous médicaux, les démarches liées à la garde, les échanges avec certaines institutions : chaque situation pouvait rappeler au couple que leur famille n’était pas toujours perçue comme une famille à part entière.
« Le problème, ce n’était pas notre entourage proche. Nos amis savaient très bien que nous étions deux mères », explique Marta. « Le problème, c’était tout ce qui sortait du cercle privé. À chaque formulaire, à chaque démarche, il fallait expliquer, justifier, parfois éviter de trop en dire. »
Le départ vers Bruxelles s’est imposé progressivement. La Belgique leur apparaissait comme un pays plus clair sur la reconnaissance des familles homoparentales, mais aussi comme un lieu où leur fille pourrait grandir sans que la composition de son foyer soit systématiquement présentée comme une exception.
Bruxelles, une ville plus anonyme mais plus respirable
Le couple décrit Bruxelles comme une ville parfois désordonnée, administrative et chère, mais beaucoup plus simple à vivre au quotidien. Dans leur quartier, elles disent avoir trouvé une diversité familiale à laquelle elles n’étaient pas habituées.
À la crèche, leur fille fréquente des enfants issus de familles très différentes. Parents solos, couples internationaux, familles recomposées, foyers bilingues : cette diversité a immédiatement rassuré les deux femmes.
Pour Aleksandra et Marta, plusieurs changements ont été déterminants :
- la possibilité de parler ouvertement de leur famille sans mesurer chaque mot ;
- un environnement scolaire et social plus habitué aux familles LGBT ;
- une vie de quartier internationale, où leur accent polonais ne les distingue pas vraiment ;
- un sentiment de sécurité plus fort dans les démarches liées à leur enfant ;
- la présence d’associations et de réseaux de soutien pour les couples homosexuels expatriés.
« À Bruxelles, personne ne nous regarde comme si nous devions expliquer notre existence », résume Aleksandra. « Ce n’est pas parfait, mais c’est plus léger. »
Le prix de l’exil familial
Ce départ a pourtant eu un coût. Marta a laissé derrière elle ses parents, qui voyaient leur petite-fille chaque semaine. Aleksandra a dû abandonner un poste stable pour accepter un contrat temporaire dans une organisation européenne.
Le couple ne présente donc pas Bruxelles comme une solution idéale. Elles parlent plutôt d’un compromis : perdre une partie de leurs racines pour gagner une forme de tranquillité familiale.
« On ne voulait pas partir pour faire une déclaration politique », insiste Marta. « On voulait juste vivre normalement. Préparer le petit-déjeuner, emmener notre fille à la crèche, aller chez le médecin, signer un papier, sans avoir l’impression que notre famille était toujours à moitié reconnue. »
Leur fille commence désormais à mélanger le polonais, le français et quelques mots de néerlandais entendus à la crèche. À la maison, les deux femmes continuent de parler polonais, de cuisiner les plats de leur enfance et d’appeler régulièrement leurs proches à Varsovie.
Une nouvelle vie encore en construction
Aleksandra et Marta ne savent pas encore si elles resteront définitivement en Belgique. Elles évoquent parfois un retour en Pologne, mais seulement si elles estiment que leur famille peut y vivre avec les mêmes garanties.
Pour l’instant, Bruxelles représente une étape de protection et de reconstruction. Une ville où elles peuvent être perçues d’abord comme deux parents, avant d’être ramenées à leur orientation sexuelle.
« Notre fille ne comprendra peut-être pas tout de suite pourquoi nous sommes parties », confie Aleksandra. « Mais j’espère qu’un jour, elle saura que ce choix a été fait pour elle. Pour qu’elle grandisse dans une famille qui n’a pas besoin de se cacher. »

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